Les bardos sont les états de consciences intermédiaires. Il représente le passage, la transition entre deux cycles. Du sommeil au réveil, de la vie à la mort, etc … La notion de Bardo est intimement lié à la notion de cycle, de roue.
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La science ne peut pas et n’expliquera jamais la mort.

« Une des histoires sans fin de Fred Zenfl commençait ainsi :
Je ne plierai pas le genou devant la mort. Quand cela viendra, je me tairai, mais je dénierai toute vraisemblance à cette gueuse en approche. Ce sera une menace pour moi sans conséquence. Je ne croirai pas en sa réalité. Je conserverai grands ouverts les yeux, comme j’ai pris l’habitude de le faire de mon vivant, lorsque par exemple pendant les périodes où j’imagine que je ne rêve pas et qu’on ne me séquestre pas à l’intérieur d’un cauchemar. On ne clora pas mes paupières sans mon accord. Il n’y aura aucune interruption des images sans mon accord. Ma conscience restera bloquée là-dessus, sur cette négation. Je ne gaspillerai pas mon énérgie en rabâchant des fadaises sur l’au-delà ou la renaissance. Je m’obstinerai dans mon système qui consiste à affirmer que l’extinction est un phénomène qu’aucun témoignage fiable n’a jamais pu décrire de l’intérieur, et dont par conséquent, tout démontre qu’il est inobservable et purement fictif. Avec force je rejetterai comme sans fondements l’hypothèse de la mort. »

Antoine Volodine, « Des anges mineurs » chapitre 2

Nos sociétés occidentales scientistes n’acceptent plus la mort. L’absence de spiritualités crée une psychose générale quant à la mort. La philosophie scientifique ne parle jamais de la mort, celle-ci est devenue dans nos sociétés un sujet tabou, d’extrêmes souffrances, de repli sur soi, de traumatisme général. Et lorsqu’elle se présente devant nous, au lieu de l’accepter, et de lui ouvrir les bras en toute sérénité, nous nous lançons dans une course pour l’immortalité perdue d’avance.
L’analogie avec Harry Potter est évidente. La seule réaction des philosophies modernes et scientifiques sont toujours de repousser la mort le plus possible, nous transformant inconsciemment en mage noir. Voldemort cherche l’immortalité, Dumbledore – après avoir accompli son rôle sur Terre – embrasse et accepte la mont. Harry meurt à la fin (puis renait). Une vraie leçon de sagesse et d’humilité. Merci Mme Rowling !

Qu’on soit bien d’accord, il ne s’agit ni de romantisme létal, ni d’inciter au suicide. Car pour accepter et accueillir la mort en toute sérénité, il faut évidemment avoir accompli sa mission sur Terre, et ne pas regretter sa Vie. Un suicide est toujours précédé d’anxiétés, de peurs, de regrets, de dépression, etc … Ce qui est pire que mourir dans la peur de la mort.
Le but ici est à l’opposé. Transformer la peur et l’anxiété de ces derniers jours qui conduisent systématiquement à des tentatives désespérées de contrôles omniprésents.
Il s’agit d’accepter ce qui arrive – tout aussi dramatique soit-il – car qu’on le veuille ou non, cela se passe. Alors comment trouver de la sérénité en ces temps de crise ? Comment s’imaginer qu’un jour la Vie va reprendre, et qu’il nous faudra construire une nouvelle société ? Comment nous tous, en tant que société, pouvons-nous faire le deuil de nos morts, de cette catastrophe, mais aussi le deuil des anciens paradigmes de notre société ?

Un poème en prose, ou une prose poétique, que j’ai écrit il y a quelques années à propos de la mort.

Je vais vous citer quelques passages du Bardo Thödol, un livre de sagesse tibétaine. Passages que les lamas tibétains lisent aux mourants.

« Ô fils noble [prénom], le temps est venu pour toi de chercher le Sentier. Ton souffle va cesser. Ton [maitre] t’a placé face à face avec la Claire Lumière. Et maintenant tu vas la connaitre dans sa Réalité, dans l’état du Bardo où toutes choses sont comme le ciel vide et sans nuage, et où l’intelligence nue et sans tache est comme une vacuité transparente sans circonférence ni centre. À ce moment connais-toi toi-même et demeure dans cet état. Moi aussi, maintenant, je t’établis dans cette confrontation. »

« Maintenant vient le moment où la terre sombre dans l’eau. »
« Ô fils noble, ne laisse pas ton esprit te distraire. »
« Ô fils noble, ce que l’on appelle la mort étant venue pour toi, maintenant prends cette résolution : ceci est l’heure de ma mort. En prenant avantage de cette mort, j’agirai pour le bien de tous les êtres conscients qui peuplent les immensités illimités des cieux afin d’obtenir l’état parfait de Bouddha par l’amour et la compassion que j’enverrai vers eux en dirigeant mon effort concentré vers la seule Perfection. »
« Dirigeant ainsi tes pensées – particulièrement au moment où le [corps de loi]* de la Claire Lumière, dans l’état d’après la mort peut être réalisé pour le bien de tous êtres conscients – sache reconnaitre que tu es dans cet état et prends la résolution d’obtenir le plus grand bien de cet état du Grand Symbole dans lequel tu es, en pensant : « même si je ne puis le réaliser, je reconnaitrai ce Bardo et me rendant maitre du Grand Corps d’Union en Bardo, j’apparaitrai en quelque forme que ce soit pour le bénéfice de tout être existant. Je servirai les êtres sensibles infinis dans leur nombre comme les limites du ciel. » Te tenant lié à cette résolution, tu devras essayer de te rappeler celles des pratiques de dévotion dont tu avais l’habitude dans ta vie. »
« Révérend Seigneur, tu entres maintenant dans la Claire Lumière Fondamentale. Tâche de demeurer dans l’état que tu expérimentes en ce moment. »
« Ô fils noble [prénom] écoute. Maintenant tu subis la radiation de la Claire Lumière de Pure Réalité. Reconnais-la. Ô fils noble, ta présente connaissance en réalité vide, sans caractéristique et sans couleur, vide en nature, est la Vraie Réalité, l’Universelle Bonté. »
« Ton intelligence, qui de sa propre nature est le vide, qui ne doit pas être regardé comme le vide du néant mais comme l’intelligence elle-même non entravée, brillante, universelle et heureuse, c’est la conscience même : Le Bouddha universellement bon. »
« Ta propre conscience non formée en quoi que ce soit, en vérité vide et l’intelligence brillante et joyeuse sont inséparables toutes deux. Leur union est le [corps de loi]* : l’état de parfaite illumination. »
« Ta propre conscience, brillante, vide et inséparable du Grand Corps de Splendeur, n’a ni naissance ni mort et est l’immuable Lumière Amithaba Bouddha. »
« Cette Connaissance suffit. Reconnaitre le vide de ta propre intelligence comme l’état de Bouddha et le considérer comme ta propre conscience, c’est te garder dans l’esprit divin de Bouddha. »

Corps de loi : en version original Dharma-Kaya

Dans les traditions bouddhistes et particulièrement au Tibet, la mort est une opportunité d’atteindre l’illumination et donc d’annihiler le cycle des renaissances (Samsara) et des souffrances qu’il engendre.
Avec ce point de vue, la mort est donc vectrice de souffrance pour les vivants, alors qu’elle devient une opportunité pour les morts.

Om Mani Padme Hum [om mané pad mé houm]

Teyata Om Bekanze Bekanze Maha Bekanze Radza Samudgate Soha
Puissent les innombrables malades être rapidement libérés de la maladie et puissent toutes les maladies des êtres disparaître à jamais.

Que tous les êtres soient heureux

Quelques sons primordiaux et prières supplémentaires