Salut Martin, comment ksé ?

J’en ai marre du confinement, j’ai hâte de resortir, voir les copénes, des concerts, faire la fête, etc… Il y a tant de projets qui ont été gelé par le confinement. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec les périodes de longues attentes ; je suis plutôt du genre à oser et essayer quitte à me planter, j’ai tendance à avancer dans le précipice pour avoir la sensation d’aller de l’avant, et j’ai pas peur des chutes ni des atterrissages. Là depuis trois semaines, j’ai déjà lu cinq romans, j’écris beaucoup, mais j’ai l’impression de tourner en rond, les journées se ressemblent trop pour mon gout de l’exotisme. Je déteste marcher sur mes pas, je préfère faire des détours que des allers-retours.

Depuis le début de l’aventure tu es très investi dans l’asso, comment as-tu découvert le lieu ?

J’avais déménagé à Lorient début mars 2018, rue Ernest Hello, à côté du local. Je connaissais personne à Lorient et aux alentours. J’étais parti acheter du papier de verre, et je n’en avais pas trouvé des compatibles avec ma ponceuse. Je rentrais chez moi brocouille en marchant dans la rue Joseph Talvas, l’association n’était pas encore ouverte. Jeanne Sud me salua, et observant dans le café je vis qu’il y avait Erwan qui bricolait une lampe ou l’électricité. Alors j’eus demandé s’ils avaient du papier de verre, ce qui n’était pas le cas. Jeanne Sud m’expliqua le concept du café associatif. J’avais déjà cotoyé quelques cafés associatifs à Aix-en-Provence et à Toulouse ; et je trouve le concept génial puisque non commercial (il m’en faut peu …). Au final à partir de cette après-midi là je revenais de temps à autre filer un peu la main pour bricoler. J’étais présent le dimanche de l’ouverture et j’ai rencontré plein de personnes grâce à l’association.

Quelles sont tes responsabilités au sein de l’asso et pourquoi as-tu décidé de t’y investir ?

Je suis membre du bureau, secrétaire de l’association et un des responsables des ateliers du Dimanche. Secrétaire n’implique que peu de responsabilités, il faut noter ce qui se dit en AG et le numériser sur l’Internet après. Tous les membres du bureau doivent tenir le café deux soirs par mois, plus les nombreuses fois où les bénévoles se désistent au dernier moment ou ne viennent pas sans prévenir. En fin de compte c’est la responsabilité la plus chronophage. Quant aux ateliers du Dimanche après-midi, à part les deux ateliers d’écriture poétique aucun n’a encore eu lieu à cause du confinement.

Je suis très content de venir boire, discuter au Comment Ksé, mais aussi d’organiser les soirées de lecture poétique et les après-midi d’écriture. Alors je me suis dit que c’était un peu hypocrite de ne pas s’investir plus sous prétexte de vouloir rester libre. Et j’ai rejoint le bureau à l’avant-dernière AG. Je ne regrette pas du tout, bien que ça demande de venir certaines après-midi ou soirées auxquelles je n’aurai clairement pas assisté si je n’avais pas les clés.

Comment se passent les ateliers d’écriture que tu animes au comment ksé ? 

J’essaye d’être dans une optique où je réponds aux attentes formulées des personnes présentes. Jusqu’à présent on commence par des exercices encadrées d’écriture individuelle pendant une heure ou une heure et demi. Ensuite on accentue sur l’écriture collective, dans un premier temps par des jeux comme des Cadavres Exquis ou autre. Puis on se fixe tous quelques contraintes communes (genre quatrain qui rime ou un thème) et on monte deux ou trois poèmes écrits tous ensemble. À titre personnel, c’est ce qui me plait le plus et ce que je voudrais le plus développer : la coécriture. Malgré tout j’essaye de rester ouvert aux demandes personnelles. Pour le moment nous étions dix dont deux « encadrants » (merci Alex), ce qui a laissé largement la possibilité de pouvoir répondre aux demandes subjectives.

Pour le crowdfunding tu proposes parmi les contreparties d’écrire un poème personnalisé au contributeur, comment ça se passe concrètement ?

Et bien je vais pas mentir, j’en sais rien. Pourquoi ? Parce que le terme personnalisé implique que je dois m’adapter à chaque individu. Je demanderai à chaque fois les contraintes qui me seront imposées par le.a contribut.rice.eur : thème, forme, taille (dans la limite d’une trentaine de vers), rimes, figures de style, nombre de pieds (maxmimum seize), registre lexical, etc … À vrai dire, c’est un défi très intéressant pour moi, parce que j’écris presque uniquement avec des contraintes que je m’impose moi-même. Ce que j’aime dans la poésie c’est la liberté complète qu’on a d’inventer des mots, de faire des fautes de grammaire pour la rime des vers, etc… Il y a une infinité de poèmes à écrire, et c’est l’occasion pour moi de sortir de mon monde, de ma zone de confort, et d’explorer les mondes des contribut.rice.eur.s. J’ai hâte, ça va être génial !

Comment est né chez toi l’envie d’écrire ?

Quand j’étais enfant, mes parents me lisaient des histoires avant de m’endormir – gros big-up à Claude Ponti ! À partir de quatre-cinq ans j’ai manifesté une forte volonté d’apprendre à lire. Je voulais bouquiner comme ma mère, ma sœur… Mes parents m’y encourageaient, et me faisaient déchiffrer tout ce qu’il y avait à lire dans les paysages qu’on arpentait. Panneaux, ingrédients, etc … Pendant les vacances avant de rentrer en petit-CP (grande section de maternelle dans les maternelles républicaines), mes grands-parents étaient venus dans ma maison d’enfance et ma grand-mère qui avait été institutrice m’avait appris à déchiffrer les derniers phonèmes qui étaient encore des sinogrammes pour moi. J’avais eu beaucoup de mal avec les «gn» et les «ph» (aujourd’hui encore je préfère onion à oignon ou ognon et nénufar et farmacie).

Moins d’un an après, je savais écrire les trente-six phonèmes de notre langue beaucoup trop complexe. Ensuite j’ai commencé à écrire des histoires illustrés sur powerpoint. Mon grand-frère et ma grande-sœur se moquaient de moi parce que toutes mes histoires de mon enfance commençaient par « Il était une fois un gentil … ». J’avais beaucoup de légos (une base sous mon lit-mezzanine), et mes histoires étaient souvent inspiré par mes jeux de légos et de peluches. Mon Papa avait aussi écrit une histoire fictive sur moi et mon doudou fétiche. Moi j’étais Tintin et mon chien blanc inerte (qui s’appelait très originalement Chien Blanc) était Milou. En CE1, ma maitresse m’avait conseillé d’écrire un journal de vacances, qui s’est transformé en journal intime et que je tiens toujours.

Bref je viens d’une famille qui aime la littérature (ma Mamam et mon Papa écrivent, ma sœur lit beaucoup, ma Tata était prof de français) ; et excepté peut-être deux-trois années d’adolescence j’ai toujours écrit.

D’où vient ton inspiration ? 

Comme tout le monde ma première source d’inspiration est ma Vie… Ce n’est pas mégalo, c’est normal. On raconte ce qu’on voit, ce qu’on touche, ce qui nous émeut, les personnes que nous rencontrons, nos traumatismes, nos peurs, nos Amours, nos espoirs, etc…

Ma deuxième source d’inspiration sont mes chromatiques mondes oniriques et mes affreux cauchemars angoissants qui me remplissent de sueur. Je me souviens d’un, voire plusieurs, rêves par jour. J’en note certains. David Lynch raconte son processus d’inspiration par l’onirisme et les méditations dans Catching the big fish. Un bouquin que je conseille et que j’ai lu il y a quelques années, qui m’a inspiré pour trouver l’inspiration.

Ma troisième source d’inspiration est évidemment les livres que je lis et les films que je regarde. Reprendre et modifier à sa sauce est un processus artistique classique. Tous les artistes sont inspirés par ceux qui étaient là avant. Ce n’est pas du plagiat, parce que je m’inspire de plusieurs œuvres, que je mélange des idées trouvées à gauche et à droite, et surtout parce que le principal n’est pas de savoir d’où vient mon idée mais d’y ajouter ma touche personnelle. Une amie comédienne m’a dit un jour : « l’art ce n’est que transmettre tes émotions aux autres ». Je copie des idées lues un peu partout et je me concentre sur comment faire ressentir les battements de mon cœur à autrui. Dans tous les arts je trouve que la technique pour la technique est une pure branlette. Alors que le rire spontané d’un enfant épanoui contient toute la poésie de l’Univers.

Pour finir, je pense que le travail est la principale source d’inspiration. Dans le sens où, plus j’écris plus je suis inspiré, plus je suis inspiré plus j’écris, plus… De là on peut aisément en déduire une tautologie vraiment évidente, mais que j’ai tendance à oublier : plus j’écris, plus j’écris. Et pour aller un peu plus loin que cette évidence : plus j’écris mal dans le présent, plus j’écrirai bien dans le futur.