Un conte très court (2 pages word, 4 pages livre de poche) qui se situe éendant la foire universelle de Paris au début du vingtième siècle.

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Freaks

Willhem

Pendant la foire universelle de Paris, au début du vingtième siècle, il
y avait un zoo humain. Dans les cages se tenaient différents aborigènes
tous complètement perdus. De différentes ethnies, aux différentes couleurs
de peau. Parmi les gens différents, jugés primitifs par les singes
civilisés, il y avait aussi une galerie de freaks, jugés inaptes dès leur
naissance.

Willhem avait vingt-six ans et était d’origire prussienne. Dès la
naissance il fut affligé d’une étrange maladie. Sa tête avait une forme
anormée, et il y avait des trous et des bosses là où il ne devrait pas y
en avoir. Il voyait très mal et était incapable de fixer son regard
précisément. Depuis trois ans il était prisonnier et captif d’un cirque et
était traité comme le bétail : deux lions, un éléphant, de nombreux
chevaux et deux autres freaks, comme lui physiquement anormés. Ils
servaient de divertissement aux singes civilisés et trop fortunés ; et
écumaient les routes enfermé.e.s dans leur cage.

Willhem n’avait pas de barbe, ses cheveux d’une dizaine de centimètres
étaient châtains. Quelques poireaux de poils répugnants parsemaient son
visage. Les proportions de son corps étaient aussi étranges. Ses bras
n’avaient pas la même longueur à tel point que çela se voyait dès le
premier coup d’œil. Ses jambes non plus, ce qui donnait une forme
improbable à son bassin et donc une posture incongrue. Sans parler de sa
démarche. Il marchait lentement et on avait l’impression qu’il se
disloquait intégralement à chaque pas qu’il effectuait. Il ne savait pas
courir.

La foire universelle était pire que l’ordinaire horrible de Willhem. Il y avait plus de public, plus de moqueries, plus de rires, plus de doigts pointés vers lui. Willhem ne s’aimait pas. Impossible pour lui de trouver la paix quand on grandit avec autant de colère refoulée.

Régulièrement il avait des crises et il tapait sur tout ce qui bougeait ou ne bougeait pas.

Le troisième jour de la foire universelle, un petit peu après le déjeuner, il entendit une belle voix féminine et aigüe qui chantait magnifiquement un folklore qui semblait slave. La voix se rapprocha et Willhem tomba sous le charme. Il l’entendait, elle était toute proche. Comme il ne percevait que quelques contrastes sous forme de boules grisâtres et grossières, il ne pouvait pas distinguer de qui émanait cette divine voix. Encore moins dire si elle était jolie.

Il tournait la tête curieux dans tous les sens, essayant de la repérer à l’ouïe. D’un coup la voix se tut puis s’esclaffa, ria de tout son mépris. Willhem vit une petite boule grisâtre s’approcher de lui et s’imagina qu’elle le pointait du doigt. Une fois de plus, la colère monta en lui, corromput son sang. Il se sentait humilié, toujours humilié.

Sa cage comportait un gros crochet d’acier au mur, auquel était accroché sa laisse. Willhem ne maitrisait pas sa rage. Elle était à l’intensité de cette voix qui l’avait apaisé quelques trop courts instants. Willhem voulait faire souffrir tous ceux qui se moquaient de lui. Tous ceux qui avait ri en le dévisageant. Mais comme il était enfermé et attaché seul, sa colère ne heurta que lui-même.

Il s’approcha du crochet en acier et de toutes ses forces, de toute sa volition il frappa sa tête contre le crochet. Sa colère avait décuplé sa force, et son crane anormé explosa sous l’impact du choc. En plein milieu du front. Du sang giclait partout autour de lui. Des bouts déchiquetés de cerveau éclaboussaient les spectateurs horrifiés.

Déjà mort, Willhem se disait que ce n’était rien comparé à tout ce qu’il avait enduré dans sa vie de freaks. Ils étaient venus voir des horreurs, les voilà servis !

Narcisse

Narcisse était née de la cuisse de Jupiter, son père, avec une cuillère en or dans la bouche. Le tout dans un hôtel particulier du quinzième arrondissement de Paris, dans une famille très fortunée. Elle avait dix-huit ans et après son baccalauréat, l’année précédente, elle avait intégré le conservatoire nationale de musique de Paris, et rêvait de devenir cantatrice d’opéra.

Elle avait toujours été attirante, populaire et avait une voix magnifique. Son père lui vouait une véritable vénération. Narcisse se croyait supérieure aux autres. Elle se comportait comme une peste à qui l’on devait tous les bonheurs du monde. Narcisse aimait plus que tout être le centre de l’attention.

Alors qu’Alexandra David-Néel fuyait sa vie de cantatrice bourgeoise, pour explorer le Thibet en mendiante ; Narcisse se nantissait dans les salons huppés parisiens.

Ce jour là, sa famille était invitée par le préfet de Paris en personne, à visiter le zoo de l’exposition universelle. Un grand honneur chez les singes civilisés dont Narcisse fait parti. Son père la plaça en tête du cortège sous les yeux envieux. Narcisse espérait rencontrer son futur mari parmi l’élite parisienne. Elle le voulait riche pour disposer de nombreux domestiques, elle le voulait puissant pour faire jalouser ses amies.

Le fils du préfet lui sourit, un très bon plan d’épargne. Narcisse était stressée et tendue car elle jouait sa future fortune. Elle se mit à chanter pour se détendre. Le cortège s’engouffra dans la galerie des monstres.

Narcisse explosa de rire, d’un rire décomplexé, moqueur, hautain et odieux. Elle ne pouvait pas s’en empêcher. Elle, qui était si parfaite, voir ces animaux qu’elle estimait être des erreurs de la nature. Elle en pointa un du doigt comme un vulgaire bétail.

Après le suicide traumatisant du captif, le monde arrêta de tourner autour de Narcisse. Pour Narcisse, le monde arrêta de tourner tout court. Elle était devenue aphone, muette et sa beauté disparut à tout jamais.